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Les Dix membres de l’Académie Goncourt, chez Drouant.
Photo © Micheline Pelletier
Paule Constant, Pierre Assouline, Régis Debray, Françoise Chandernagor, Bernard Pivot, président,
Didier Decoin, Edmonde Charles-Roux, Philippe Claudel, Patrick Rambaud, Tahar Ben Jelloun.

lundi 18 mai 2015
Sélection pour le Goncourt de la biographie 2015
François Chaslin Un Corbusier Seuil

Jean-Noël Liault Elsa Triolet et Lili Brik,
les sœurs insoumises
R. Laffont

Tatiana de Rosnay Manderley for ever Albin Michel

Thiphaine Samoyault Roland Barthes Seuil

Jean-Christophe Attias Moïse fragile Alma

jeudi 14 mai 2015
Liste Goncourt/Le choix serbe 2015
a été attribué à Kamel Daoud Meursault,contre enquête Actes Sud

mardi 5 mai 2015
Le Goncourt du premier roman 2015
a été attribué à Kamel Daoud Meursault,contre enquête Actes Sud

Discours de Régis Debray:

Prix Goncourt du Premier Roman à Kamel Daoud

Il est assez rare que des livres soient des actes. Il est assez rare que la littérature soit pratiquée et pas seulement considérée comme une tauromachie. Michel Leiris vous en aurait sans doute félicité. Il n’est plus des nôtres, les Goncourt sont heureux de le faire à sa place, un peu tard peut être, mieux vaut tard que jamais. Vous êtes, je crois, un chroniqueur abondant et un écrivain rare. Avec Meursault contre enquête vous vous exposez à la corne acérée du taureau. Le taureau au front bas, pieux, bête et méchant – vous l’avez frôlé, et vous êtes sur sa liste noire. C’est tout à votre honneur, et aussi à l’honneur de cet art risqué qu’on appelle la littérature, qui est à son meilleur quand elle cesse d’être un art d’agrément, un signe de distinction ou un jeu avec les mots.
Je crois savoir que vous n’êtes pas un type de bonne composition, mais d’assez mauvaise humeur qui ne craint pas de déplaire ni d’aller à contre-courant. Un exemple d’homme révolté, aurait dit Camus, votre compagnon, votre alter ego. Un emmerdeur, en colère. En colère contre les autres, c’est rituel et c’est facile. On sent en vous lisant que votre âpreté est d’une autre nature, que vous êtes vous, en colère contre vous, vos fantômes et vos fantasmes et contre la situation faite aux vôtres – ce qui ne va jamais sans risque. C’est celui que court tout intellectuel digne de ce nom, je veux dire celui qui se retourne avec des mots ou des images contre les siens tout en restant chez lui, au milieu des siens. Hurler avec les loups contre les vieux ennemis de la tribu, faire chorus avec l’opinion – tout un chacun peut le faire. Ces préposés, au consensus tous nos médias en raffolent. Passer pour traitre à son pays dans son pays lui-même, c’est le sort que doit endurer quiconque a le courage incongru de la vérité crue. Vous n’êtes pas le premier dans cette manière et j’espère bien que vous ne serez pas le dernier.
Pour tout vous dire, je ne vous connaissais pas quand j’ai reçu votre livre et survolé votre quatrième de couverture. Je me suis dit, « bon, un règlement de compte avec le colonisateur, le colonisé va lui renvoyer la balle, élever la voix au nom des humiliés et des offensés contre un humaniste altier, un Camus assez dédaigneux ou distrait pour ne pas donner un nom ou un prénom à l’Arabe tué par Meursault. » Je m’étais trompé. Le tiers-mondiste, c’est bien ; la probité, ce n’est pas mal non plus. Avec vous, l’altercation ou l’explication, au sens « sors un peu mon gars on va s’expliquer dehors », ce n’est pas seulement avec le Français, le pied-noir qu’elle a lieu, c’est avec votre histoire, votre religion, vos souffrances et votre présent. Ce qui fait de ce premier roman autre chose qu’une fiction autour d’une fiction, un récit de famille contre une autre famille, mais une plongée dans l’histoire réelle, dans le plus obscur d’une histoire de désillusions et de rêves avortés, qui nous est commune. Chacun sa famille, mais, sachez-le, elles se rejoignent. Oran n’est pas si loin de Paris… L’important est que cette réalité, vous l’ayez transfigurée par une langue à la fois classique et charnue.
Vous avez rapatrié L’Étranger dans la culture algérienne, fait de Camus un indigène à part entière, si je puis dire. Un écrivain qui parle de vous et à vous, arabes, Algériens, maghrébins. Eh bien, votre contre-enquête algérienne, écrite dans un français que peu de Français savent encore écrire ou même parler, sachez que nous la rapatrions à notre tour dans le trésor de notre littérature, je devrais dire la Littérature, celle qui peut faire de nous un peu mieux que des confrères, des frères. Vous êtes de ceux qui rétablissent une relation d’égalité entre les deux rives de la Méditerranée, le cimetière marin que nous avons en partage. Une fraternelle réciprocité.
Encore merci, cher Kamel. On a tous ici envie de vous dire, continuez c’est bien parti, on se reverra bientôt. Pour nous tous, ce prix n’est pas un au-revoir, c’est un bonjour.

Régis Debray
5 mai 2015

mardi 5 mai 2015
Le Goncourt de la nouvelle 2015
a été attribué à Patrice Franceschi Première personne du singulier Points


mardi 5 mai 2015
Le Goncourt de la poésie Robert Sabatier 2015
a été attribué à William Cliff pour l'ensemble de son œuvre, Gallimard.


mardi 5 mai 2015
Paule Constant, Françoise Chandernagor et Bernard Pivot

le 5 mai 2015, lors de l'attribution des Goncourt du 1er roman, de la nouvelle et de la poésie Robert Sabatier.


L'académie Goncourt bénéficie du soutien de la Ville de Paris.